Un temps mesuré à la lumière du ciel
Et si nos montres n’étaient pas les seuls instruments capables de mesurer le temps ? Avant que les écrans n’égrènent nos journées, les Celtes suivaient un calendrier vivant, tissé de lumière et d’ombre, de moissons et de repos. Leurs repères n’étaient pas abstraits : ils observaient les cycles du Soleil et de la Lune, deux astres complémentaires qui guidaient la vie quotidienne et les célébrations.

Un calendrier entre deux mondes : la Lune et le Soleil
Les connaissances que nous possédons sur le temps celte sont partielles, mais les traces laissées — notamment le calendrier de Coligny, découvert en Gaule — montrent un système luni-solaire sophistiqué.
Les mois y suivaient les phases de la Lune : douze cycles d’environ 29 à 30 jours, soit 354 jours. Tous les deux ou trois ans, les druides ajoutaient un mois intercalaire pour rester en accord avec l’année solaire de 365 jours. Une manière ingénieuse de concilier les deux rythmes célestes.
Le Soleil pour les grandes fêtes
Le cycle solaire scandait les grandes étapes de l’année et les quatre fêtes majeures du calendrier celte :
•Samhain, à la fin de l’automne, marquait le passage dans la “saison sombre” et le début du nouvel an ;
•Imbolc, début février, célébrait le retour progressif de la lumière ;
•Beltane, début mai, honorait la fertilité et la vitalité du printemps ;
•Lughnasadh, au cœur de l’été, remerciait la Terre pour les récoltes.
Ces fêtes, souvent situées entre les solstices et les équinoxes, rythmaient l’année agricole autant que spirituelle.
La Lune pour les cycles du quotidien
Si le Soleil réglait les grandes transitions, la Lune guidait la vie de tous les jours. Ses phases marquaient les semailles, les rituels, les soins du corps et les moments de repos. Chaque lunaison était perçue comme un cycle complet : naissance, croissance, apogée, déclin et renaissance.
Contrairement à nos calendriers fixes, Samhain ne tombait pas forcément le 1er novembre. Cette date s’est figée plus tard, sous l’influence chrétienne. Les Celtes célébraient probablement Samhain à la pleine lune la plus proche du point médian entre l’équinoxe d’automne et le solstice d’hiver. Le calendrier n’était pas une grille figée, mais une respiration accordée aux astres.
Une sagesse du temps naturel
Dans cette vision du monde, le temps n’était pas linéaire mais circulaire, comme la course de la Lune. Chaque cycle revenait, enrichi de ce qu’il avait traversé. Cette perception fluide et organique du temps liait l’humain à la nature plutôt qu’à la mesure.
Aujourd’hui, cette sagesse a presque disparu. Pourtant, elle nous parle encore : ralentir, observer, accepter les phases de creux et de lumière. Revenir aux cycles lunaires, c’est réapprendre à vivre au rythme du vivant, à retrouver une temporalité sensible et intérieure.
Retrouver l’équilibre entre clarté et obscurité
Les Celtes savaient unir la ronde de la Lune à la course du Soleil. Dans ce mariage des contraires, ils voyaient un équilibre essentiel : celui du monde visible et invisible, de l’action et du repos. Peut-être que cette harmonie ancienne contient une leçon pour notre époque : apprendre à habiter le temps plutôt qu’à le dominer.
